Démarche Artistique

J’aime affirmer avoir appris à peindre dans les cuisines : celle de ma grand-mère, enfant, quand elle me montrait les rudiments de la peinture à l’acrylique et celles professionnelles où j’ai développé la minutie. Ainsi, mon œuvre se pose au seuil entre la maison et le restaurant. 
À prime abord en peinture, ma pratique s’est progressivement étendue au textile. Peu importe la forme, ma recherche repose avant tout sur la matérialité: ce qu’un matériau détermine dans l’œuvre avant même d’être transformé. Je m’intéresse particulièrement aux objets et aux tissus qui accompagnent le quotidien : les décorations de la maison, les outils de mes emplois en restauration — nappes, liteaux et torchons. Ces éléments, souvent considérés comme banals ou utilitaires, portent pourtant une accumulation de gestes, de routines et d’affects. En les déplaçant vers le champ artistique, je cherche à rendre visible la manière dont les différentes sphères de ma vie s’influencent. J’explique ainsi trois espaces qui structurent mon quotidien: 
le domestique, où l’intime s’articule autour d’objets modestes et décoratifs; 
le restaurant, mon emploi alimentaire, où le geste est codé, répété, orienté vers l’autre; 
et le studio, où ces gestes s’inscrivent dans l’œuvre. 
Ces espaces me permettent d’aborder des thèmes qui traversent ma pratique : les identités queer, la mémoire, la relation au corps et à son environnement. Les gestes répétitifs du tissage deviennent pour moi un vocabulaire d’attention et d’archive. En m’attardant aux objets qui passent souvent inaperçus, j’explore ce que les textiles nous racontent de nos conditions de travail, de nos relations et de nos attachements.

C.V.